Novembre 2018

Alice Couttoupes était l’une des artistes auprès de qui je voulais apprendre durant mon voyage en Australie. Je me souviens encore du jour où j’ai découvert son travail. C’était fin février 2017 et mon enseignante en dessin, Sophie Honegger, avait trouvé par hasard quelques photos des travaux d’Alice sur l’Internet. Elle m’avait directement montré sa trouvaille, souhaitant faire un écho avec les études de plantes que je faisais à l’époque pour mon projet « Essences ». Et c’était, en effet, une référence enrichissante et inspirante ! Un an après, je découvrais les œuvres en vrai lors de l‘exposition « C’est le bouquet ! » à la Fondation Bernardaud à Limoges. C’est également à cette même période qu’Alice me confirmait mon stage chez elle en novembre 2018.

C’est dans la zone industrielle de Marrickville, entre deux avions frôlant le quartier, que j’ai retrouvé Alice au studio Join The Dots le jeudi 7 novembre 2018.
Cela fait maintenant trois ans qu’elle partage ce studio avec une dizaine d’autres artistes céramistes, photographes, peintres, graphistes… L’accueil est joyeux et je sens immédiatement l’énergie positive et vibrante d’Alice. Une visite rapide de l’atelier, une présentation de ses projets actuels et voilà le temps pour nous de se mettre au travail !

L’atmosphère de ce premier jour sera à l’image des jours suivants. Autour d’un morceau de jazz, de “tentatives” d’écoute de podcasts, nos discussions sont nombreuses et vraiment enrichissantes (c’est d’ailleurs pendant ces quelques semaines avec Alice que mon anglais aura bien progressé !).

D’une mère grecque et d’un père australien, Alice est née et a toujours vécu à Sydney. Cependant, ses parents ayant une maison en Dordogne (France), Alice entretient des liens étroits avec ce pays. C’est d’ailleurs depuis un petit village dans le Sud-Ouest qu’elle a réalisé les pièces pour l’exposition « C’est le bouquet » durant l’été 2017.  Aussi, c’est à Paris qu’elle effectuera sa prochaine résidence en avril 2019 ; autant de bonnes excuses pour échanger, souvent avec beaucoup d’humour, quelques mots en français.

Suite à l’obtention de son diplôme en 2013, Alice a occupé différents studios et a déjà effectué quelques résidences à l’étranger comme à Jingdezhen en Chine ou encore à Arita au Japon.  Aujourd’hui, elle travaille en tant qu’enseignante en parallèle de son travail au studio. Elle est également, de manière ponctuelle, mandatée pour des projets de réalisation pour des particuliers.

De ses expériences en résidence à l’étranger, Alice retient surtout les contrastes culturels et les questionnements autour du statut de céramiste. Cela a notamment été le cas lors de sa résidence à Jingdezhen où, le céramiste délègue le plus souvent une grande partie de ses tâches aux employés du studio (moulage, tournage, émaillage, cuisson…). Le céramiste devient davantage un designer, un manager de production. Aussi, dans ce type d’atelier, la quantité prime face à la qualité, ce qui peut très vite desservir une approche sculpturale délicate.

Tout comme le besoin que je ressens, Alice pense que le voyage permet de trouver la meilleure place qui soit pour travailler, tant au niveau de la qualité de vie que du contexte de création. Mais comment allier le voyage avec la céramique ? En plus de trouver un moyen de produire de manière nomade, le plus gros challenge est sans doute celui de construire un réseau sur le long terme et de le nourrir, ce qui est relativement important dans un milieu artistique.

Alice ne se définit pas comme céramiste mais plus comme artiste. Elle explique cependant, que pour répondre aux mœurs, il est souvent plus simple de se présenter comme céramiste. La céramique est un moyen pour elle d’exprimer ses idées engagées sous une forme subtile, délicate et poétique. Ayant toujours créé des sculptures céramiques depuis ses études, Alice tend à s’ouvrir vers de nouveaux médiums. C’est notamment à travers l’hybridation avec d’autres matériaux, comme le verre, qu’Alice pense que la céramique contemporaine vit actuellement de beaux jours. Le nouveau projet sur lequel elle travaille pour une exposition personnelle à Kronenberg Wright Artist Projects à Sydney, prévue en février 2019, combine d’ailleurs la céramique et le verre.

 

Pour ce travail, Alice vient d’effectuer un workshop de verre à Camberra afin de débuter ses premières recherches formelles. Le concept s’articule principalement autour de la représentation de la femme dans l’Histoire. Pour se faire, Alice a choisi d’utiliser les fleurs comme lien symbolique. Comme pour chacun de ses projets, elle nourrit son propos avec de nombreuses lectures en bibliothèques, des croquis et des photographies.

Représentant habituellement les plantes natives d’Australie, le challenge pour ce projet est de représenter des plantes existantes dans d’autres pays. Pour étudier la construction de la fleur qu’elle va sculpter en porcelaine, Alice se base sur des plantes réelles. Et c’est au marché aux fleurs de Flemington, un vendredi à 6h du matin, que nous avons trouvé les précieux modèles.

Alice travaille habituellement avec la porcelaine Southern Ice. Elle utilise l’émail que très rarement. Mais pour ce projet, je l’ai aidé à confectionner des essais de terres et d’émaux colorés.

Aussi, s’il y a un point que l’on peut facilement admettre en voyant les œuvres d’Alice, c’est le travail d’orfèvre et les heures de travail qui se cachent derrière une pièce. Et cela est sans compter les semaines de recherches et d’expérimentations, les tests de cuisson… Une pièce peut prendre 1 mois pour être terminée !

En effet, ses sculptures se basent essentiellement sur l’assemblage de différentes parties. Chacune d’entre elles est à un stade de séchage/cuisson différent. Par exemple, elle cuit dans un premier temps les pistils qu’elle plante ensuite dans la tige constituée d’un colombin encore cru. Elle cuit délicatement l’ensemble dans un dernier temps.

Concernant la construction des pétales et des feuilles, Alice procède à l’empreinte des éléments réels dans du silicone. Elle utilise une multitude d’outils, extrudeuses, emporte-pièces qui l’aident à atteindre un degré de finesse et de réalisme incroyable !

 

Ce stage, et plus particulièrement cette rencontre, ont vraiment constitué une belle expérience. Dans les « coulisses » d’un nouveau projet, je reconnais le privilège que j’ai eu de suivre toute une phase d’expérimentations, sans oublier les précieux conseils que j’ai reçu !

Site internet de l’artiste: http://www.alicecouttoupes.com/