17 septembre – 19 octobre 2018

Mon stage au sein de JamFactory a été ma première expérience professionnelle depuis l’obtention de mon diplôme de céramiste en juillet 2018. Vivre cette expérience à l’autre bout du monde, en Australie, a admis des différences, des contrastes, en comparaison avec les  expériences professionnelles que j’avais pu avoir en France ou en Suisse dans le passé.

Créé en 1973, JamFactory est un centre de design et d’artisanat situé à Adélaide et est soutenu par le gouvernement de l’état de South Australia. Il s’articule autour de 4 départements : Ceramic, Glass, Jewelry + Metal et Furniture. Son objectif est de donner l’opportunité à des jeunes créateurs (locaux ou internationaux) de développer leurs compétences professionnelles aussi bien techniques que commerciales à travers un programme de deux ans, celui d’« Associate Training Program ». Les associés assurent la production interne du centre et/ou participe aux workshops. En échange, ils peuvent travailler sur leur production personnelle avec un suivi qui leur permet d’atteindre des objectifs précis. Le centre possède également un espace shop et galerie où se tiennent régulièrement des expositions.

Le département Céramique est dirigé depuis quelques années par Damon Moon, artiste designer, curateur et écrivain de renom dans le domaine de la céramique en Australie. Le temps d’un mois, j’ai pu partager l’espace de travail avec plusieurs céramistes (dont Ashlee Hopkins qui fait l’objet de l’article précédent). J’ai échangé avec eux autant que possible (avec mon anglais… ce qui a pu donner de bons moments de rigolades parfois)!

Dès les premiers jours, j’ai remarqué que la culture du stage en Australie était quasi inexistante. En effet, il s’est très vite avéré que ma période à la JamFactory allait ressembler davantage à une résidence, ce qui était nouveau pour moi. Certes, on ne m’a pas appris de nouvelles techniques, mais j’ai pu bénéficier d’une place de travail, d’un accès illimité aux outils et aux fours, en échange de quelques travaux pour Damon (en lien avec la préparation de sa conférence et de son exposition à Bendigo à Shepparton Art Museum et à LaTrobe University Collection en octobre 2018).

J’ai eu également l’opportunité de participer à la production interne en travaillant sur la pose des décors au transfert pour la série aborigène « Waringarri ».

Aussi, de nombreuses sessions de workshop sont organisées au sein du département céramique et j’ai pu assister à certaines d’entre elles en partageant mon espace de travail avec des participants amateurs. Cela a constitué un aperçu très enrichissant. J’ai apprécié l’approche sociale qui est très importante. Sentir l’énergie positive et l’émerveillement des personnes découvrant ou redécouvrant leur sensibilité artistique est vraiment incroyable.

Totalement indépendante en parallèle, j’ai eu la chance d’être dans un cadre qui m’a relativement inspiré. Au départ, je pensais produire des objets hybridant la céramique avec différents matériaux comme le bois, le verre ou le métal. Mais, en vue du temps à disposition, j’ai rapidement privilégié une production essentiellement céramique. Mon but était de créer une variété d’objets, entre le prototype et l’objet fini.

Mon expérience actuelle de voyageuse à travers le monde influençant grandement ma céramique, j’ai souhaité que cela se ressente dans mes projets.

En collectant des coquillages sur la plage de West Beach à une minute à pieds de mon AirBnb à mon arrivée, j’avais déjà cette envie d’ancrer un souvenir, créer un lien avec l’environnement marin qui va m’accompagner les prochains mois.

En partant de ces coquillages, j’ai d’abord effectué une série de cuillères moulées, estampées et/ou modelées. Les décalcomanies issues de mes dessins « Renaissance » sont venues décorer les pièces. « Pinnidae » est probalement mon projet favoris, basé sur le moulage d’une coque de couteau trouvée sur la plage.

J’ai apprécié la dimension poétique de lier un projet issu de ma vie “passée” en Suisse avec un projet constitué dans une dynamique nouvelle à des milliers de km.

Par la suite,  j’ai effectué une série de tableaux céramiques et des bijoux tels que broches et boucles d’oreilles afin de donner une seconde vie aux chutes de décalcomanie découpées pour les cuillères.

Aussi, Damon m’a prêté des anciens moules à gâteaux japonais en bois que j’ai utilisé comme support d’estampage. Cela a été un échange créatif qui m’a permis d’accroître mon imaginaire. Comme une relecture personnelle de l’objet, j’ai ajouté des décors par modelage et par décalcomanie sur les zones sensibles à l’impression dans le moule.

A défaut d’apprendre de nouvelles techniques, je me suis concentrée sur l’envie d’utiliser de nouveaux matériaux comme la porcelaine Cool Ice, qui est une terre de moyenne température (cuisson à 1186 degrès) et qui donne un effet très similaire à la Southern Ice (aussi produite en Australie et que j’avais l’habitude d’utiliser en Suisse). Cette terre est très délicate lors de la cuisson et un léger excès de température peut produire des bulles! Des tests m’ont permis d’éviter ce phénomène. J’ai également utilisé un nouvel émail transparent brillant déjà préparé qui s’est révélé très efficace appliqué au pinceau, et ce, même sur terre crue !

Le décor de mes pièces avec les décalcomanies a été (comme toujours) mon étape favorite et j’en ai profité pour tester l’application sur une surface non émaillée ce qui a donné un effet mat très intéressant que je pense réutiliser dans le futur.

A la fin de mon séjour au centre, une série de mes cuillères a été sélectionnée pour l’espace boutique. Au-delà de la vente, cela a pu donner une visibilité à mon travail en Australie !

 

Pour conclure cet article, ce stage a été une période riche bien que les débuts aient été un peu difficile pour moi. Devoir comprendre le fonctionnement d’une nouvelle culture et se sentir souvent limitée par la barrière de la langue peuvent être des freins pour la création. Mais c’est aussi un bon challenge au sein duquel l’ambition personnelle et professionnelle se rejoignent pour saisir l’opportunité de toujours évoluer !

 

Site internet de JamFactory: https://www.jamfactory.com.au/